Il y a un moment où tout est parfait. Que rien ne peut influencer. Que peu importe ce qui se passe, ce sera exactement la bonne chose et tout le monde sera content. Un pur moment d’harmonie où on a le vent dans les voiles et où on se sent invincibles. On peut même le ressentir dans une équipe, dans les moments où rien ne semble l’arrêter, qu’il n’y a pas de risques, que les problèmes se corrigent aisément, qu’ils sont même inexistants. On se demande si ce n’est pas un peu incroyable, voire impossible, mais on se dit tout de suite après : « tant que ça reste comme ça! »

Vraiment? C’est ce qu’on veut? N’est-on pas dans un moment idyllique où on ne sait pas trop pourquoi ça va si bien et où on veut à tout prix rester dans cet état de confort qui semble parfait? Ça semble trop beau pour être vrai. Pourtant, notre première réaction est de ne rien toucher. De toute évidence, c’est sûrement un moment d’harmonie artificielle. Un état d’esprit, personnel ou en équipe, où rien ne va mal. C’est en fait exactement comme une lune de miel. Tout est magnifique, on s’aime, tout nous fait sourire, le monde extérieur n’a aucune emprise sur nous et le temps devient un peu flou. Une équipe vit ce type de moment plusieurs fois et est confrontée aux effets de l’harmonie artificielle qui peuvent la faire avancer, la freiner ou la faire se sentir complètement inutile.

Pourquoi devrait-on s’en méfier?

Le nom le dit, elle est artificielle. Il ne s’agit pas d’une véritable harmonie où on voit la vie en rose et que tous nos problèmes se sont envolés. On le souhaite souvent, mais on sait très bien dans le fond que c’est une idéologie.

On devrait se méfier de cet état parce que ça nous fait oublier ce qui se passe autour. On devient imperméable aux problèmes, ça repousse les limites, comme les dates de livraison et surtout : c’est temporaire. Lorsqu’une équipe ou une personne est dans cet état, on veut souvent s’y accrocher et y rester. Nous prenons des actions pour rester dans cet état, sauf que plus on tente de le conserver, plus les problèmes nous rattrapent par en dessous. En étant en harmonie artificielle, on devient aveugle aux alertes et aux signaux à l’extérieur de notre bulle parfaite. Plus on attend, plus le retour au présent sera difficile.

Pourquoi survient-elle?

Elle survient souvent à la suite d’une situation difficile, lors d’un moment où tout va mal, lorsqu’on n’arrive pas à surmonter une situation. Par exemple, une équipe qui n’arrive pas à livrer, à respecter ses dates de livraison, à éviter les bogues en production, etc. Puis, à force de chercher, on trouve quelque chose qui fonctionne. Il s’en suit un moment de soulagement, de bonheur, voire d’épiphanie! À ce moment précis, l’harmonie artificielle commence. On flotte, les idées fusent, on fait des plans à long terme.

Elle survient, car elle est accompagnée d’un fort sentiment de sécurité qu’on cherche à avoir. Dans cet état, on est plus à l’aise de proposer des idées, de créer du mouvement, d’engager les gens. Bref, on est hautement motivés. Donc, il est facile d’imaginer qu’on puisse vouloir créer l’harmonie dans le but d’être ensuite dans cet état. Cependant, comme toute chose, si elle est bâtie sur de fausses bases ou qu’on perçoit les mauvaises bases, le tout finit par s’écrouler.

Comment la reconnaître?

L’harmonie artificielle est intimement liée à la notion de nouveau. Rappelez-vous du sentiment que l’on a lorsqu’on vient d’acheter la chose qu’on voulait vraiment depuis longtemps? Comment on ne peut plus s’en séparer, que c’est la plus merveilleuse chose et que tout ce qu’on fait tourne autour d’elle? Puis, vient le moment où on y passe tous ses temps libres. On organise des moments précis en relation avec celle-ci, on la présente à ses amis, etc. Puis, très souvent, on finit par s’en lasser ou on passe tout simplement à autre chose.

Elle est aussi liée à la permanence. Pensez à ce qu’on vous répond lorsque vous posez une question sur des façons de faire dans une équipe : « On a toujours fait ça comme ça. » ou « Je sais, mais ça ne changera jamais. » Ce sont des signes qu’il y a une harmonie artificielle depuis longtemps et qu’on la perpétue par notre façon de penser. On le voit aussi quand on se fait poser les questions suivantes : « Ça va? », « C’est tout? » ou « Bien mangé? » Remarquez comment les gens réagissent lorsqu’on répond par la négative. Ils sont déstabilisés. C’est une harmonie artificielle permanente qui est ancrée dans notre culture.

Qu’est-ce qu’elle peut causer?

Outre ce sentiment de sécurité, l’harmonie artificielle peut causer de mauvaises perceptions de notre environnement, de ce qui est réellement en train de se passer. On se met donc à interpréter ce qui se passe, basé uniquement sur ce qui survient dans notre bulle parfaite. Bref, on se fait des idées.

Par exemple, pensons au besoin de mettre en œuvre l’Agilité dans une équipe. Beaucoup de personnes vont chercher à être meilleures, à changer les choses qui ne marchent pas bien, à réduire les coûts, etc. À la base, ce sont des raisons qui peuvent renforcer la motivation. Ensuite, on pense avoir la solution parfaite et on se lance. On transforme tout en itérations, on forme les gens, on crée des comités, on change les façons de faire. Quand on rencontre un problème, on reste calme, on se dit que ça va prendre un bout de temps à mettre les choses en place et à s’adapter. Durant tout ce temps, on est dans cette bulle parfaite. C’est à ce moment qu’on peut se sentir invincibles et qu’on peut écarter les commentaires des gens. On les classe comme des réfractaires en se disant qu’ils n’ont rien compris. Pourtant, ces gens peuvent nous aider à y voir plus clair en nous offrant des angles auxquels on n’aurait pas pensé. Pourquoi éviter cette fabuleuse expérience? Peut-être pour ne pas perdre le contrôle qu’on pense avoir.

Devrait-on fuir l’harmonie artificielle ou s’en servir?

Je ne pense pas qu’on puisse totalement y échapper. Ces moments finissent par nous envahir. De toute façon, l’harmonie artificielle est omniprésente dans notre culture : films, romans, théâtre, etc. Nous l’explorons constamment sous toutes ses facettes. Bien qu’elle soit artificielle, elle nous sert à apprendre, à nous connaître sous des angles qu’on ne verrait pas autrement. Je pense qu’on peut s’en servir dans le but de maîtriser une situation précise, de tester une approche. Toutefois, je suis d’avis que de rester dans sa zone de confort, ça finit par nous freiner considérablement jusqu’au point d’être exclu.

Lorsqu’on atteint cette zone de stabilité, il faut chercher à briser un peu l’équilibre afin de découvrir de nouveaux moyens d’aller plus loin. Je pense qu’on devrait se méfier de l’harmonie artificielle si elle est devenue la norme, mais qu’à petites doses, elle peut nous servir à progresser.

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dave jacques

Dave a la certitude que l'Agilité peut aider les gens à s'améliorer et à améliorer leur travail. Il a à cœur la satisfaction de ses clients et il a toujours le souci d'ajouter de la valeur. Il porte une attention particulière tant au savoir-faire qu'au savoir-être. De plus, il contribue au développement de ces deux facettes.

Formateur, Scrum Master (PSM 1, CSM), coach, leader, analyste, développeur, Dave porte plusieurs chapeaux, souvent en même temps, lors de ses interventions en développement de système. En plus de l'Agilité, il est un amant du thé, de l'écriture et de l'aïkido.

1 Commentaire

  1. traficorganique@gmail.com'
    techniques perennes
    23/11/2014 at 16:03 — Répondre

    Encore merci pour ces précieuses infos !

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