J’ai passé plus de 20 ans à démarrer et à réaliser des projets de développement pour des clients. Ça en fait des projets! Pendant toutes ces années, il m’est rarement arrivé de voir un client très intéressé par le processus de développement. En fait, pour être plus exact, très souvent, le client veut savoir si nous suivons un processus. Toutefois, selon mon expérience, ce n’est pas ce qui l’allume le plus dans tout son processus décisionnel.

Je dirige actuellement des équipes de développement Agiles. Dans l’équipe Agile de /studio, les préoccupations premières sont évidemment portées vers la création de valeur pour le client et l’atteinte des objectifs d’affaires, mais les actions concrètes de ses membres sont très variées et peuvent parfois sembler ne pas répondre directement aux objectifs. Très souvent, à effort égal, ce sont les décisions que nous prenons et la façon dont nous les prenons qui finissent par créer de la valeur et non la seule action de développer un logiciel. Nous portons donc beaucoup d’attention au processus qui nous amène à prendre des décisions et nous tentons de bien équilibrer ce dernier avec le fait d’être dans l’action.

Qu’est-ce que le client veut?

Par expérience, le client a une intention profonde qu’il cherche à réaliser. On doit savoir écouter le client et comprendre son intention profonde. Par exemple, un client type de /studio n’a pas d’équipe de développement et il a très peu de connaissances techniques. Il a un budget et une idée de ce qu’il veut (très souvent celle-ci n’est pas claire) et il cherche quelqu’un qui va l’aider à la réaliser. Appelons-le Roger. Le budget de Roger est limité et il déteste gaspiller. Attention, il n’est pas un pingre, mais il en veut pour son argent. Il aime savoir que chaque dollar dépensé va contribuer à lui donner un rendement et que le tout va se multiplier. Il aime voir que chaque dollar le rapproche un peu plus du rêve qu’il chérit et dans lequel il a mis beaucoup d’énergie. Roger est donc très critique à l’égard du temps que les professionnels de /studio passent à développer la solution logicielle dans laquelle il injecte de l’argent. Au quotidien, il en a que faire des cérémonies, des stratégies de test évoluées, de l’intégration continue, de l’auto-organisation et de toutes les activités liées aux principes généraux des méthodes Agiles. Si ces activités ne l’aident pas, il les critique ouvertement. Il aime la proximité de l’équipe de développement. Il aime surtout lorsqu’il sent que cette équipe semble profondément impliquée dans son projet. Cependant, il comprend mal cet attachement à l’Agilité en tant que tel. Il lui arrive de penser que ce n’est qu’un processus et que ce dernier contient des étapes un tant soit peu superflues.

La problématique du discours Agile

Il est assez clair que ce type de client n’est pas trop intéressé par l’Agilité. En fait, il peut dire assez clairement pourquoi il nous a choisis, mais les raisons sont rarement exprimées avec des mots qui sont utilisés pour définir l’Agilité. Pour un entrepreneur qui investit de l’argent et prend des risques, les valeurs et les principes de l’Agilité ne sont que spéculatifs et théoriques s’ils ne sont pas appuyés par des résultats concrets. Vous me direz que c’est le cas pour tout le monde, mais selon mon expérience, c’est doublement plus vrai pour les clients de /studio. Lorsqu’ils nous posent la question « C’est quoi l’Agilité? », c’est assez difficile de répondre sans tomber dans les explications conceptuelles, évasives, sans réelles substances pour eux. Ils cherchent des explications beaucoup plus pragmatiques, une valeur beaucoup plus concrète et une efficacité très pratique. On doit donc doser le discours concernant l’Agilité et se concentrer sur le respect des valeurs et principes entourant les méthodes Agiles. Tout ce que nous faisons a un but et nous devons le démontrer tous les jours. Nous devons sans cesse prouver que ce que nous faisons génère de la valeur pour nos clients et ça doit prendre forme dans les résultats et dans l’atteinte des objectifs.

Les gains liés à l’Agilité

Dès le début du projet, on doit donc être capables de lister les gains concrets que nos méthodes permettent d’obtenir. Ça change quoi réellement l’Agilité pour des gens qui souhaitent qu’on développe pour eux un logiciel sur mesure? Comme dans bien des cas, il s’agit de leur première expérience en développement logiciel. Donc, l’explication doit transcender les gains expérientiels et s’appliquer à des facteurs ayant un impact direct sur les affaires du client. Un parfait exemple, c’est le délai de mise sur le marché, le fameux time-to-market. Les logiciels et les produits d’aujourd’hui ont généralement un cycle de vie beaucoup plus court qu’avant. Il est donc impératif de pouvoir produire des résultats rapidement et de raccourcir ce délai afin de répondre aux besoins immédiats du marché. Celui qui peut le faire rapidement a un avantage concurrentiel décisif et évident pour le client. Par exemple, pouvoir dire au client qu’il aura une nouvelle version utilisable de son logiciel toutes les deux semaines est certainement plus significatif pour lui que de lui parler d’intégration continue. Le défi pour nous est de trouver, pour chaque projet, comment l’application de nos méthodes répond directement aux différents besoins du client et comment nous allons les mesurer. Je crois que ce principe s’applique également à toutes les équipes de développement logiciel.

Le fournisseur là-dedans? Elle est où sa promesse?

D’abord, c’est qui le fournisseur? À Pyxis /studio, c’est assez évident, car nous offrons des services de développement sur mesure à des clients externes. Toutefois, un client, ça reste un client, qu’il soit interne ou externe. Par conséquent, toutes les équipes de développement logiciel sont en fait des fournisseurs. En tant que fournisseurs de service, nous devons donc faire plus que livrer des logiciels. On doit faire une promesse et la tenir, quoi qu’il en coûte. Cette promesse doit répondre directement aux besoins d’affaires de notre client; elle doit être engageante afin qu’on la prenne au sérieux. Le but de ce billet est en fait de répéter l’objectif derrière l’adoption de méthodes plus Agiles, car dans certains environnements, il a tendance à finir dans l’ombre des pratiques innovantes. Dans le nôtre en tout cas, on doit se le rappeler quotidiennement, car si on l’oublie, le client va nous le rappeler. L’Agilité doit être au service des intentions de nos clients. Rien de moins.

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martin landreville

Martin a amorcé sa carrière à titre de développeur pour ensuite se concentrer sur le développement client-serveur et la création d’équipes de développement responsables de la réalisation de projets de moyenne et grande envergures. De plus, il a offert de la formation sur le développement orienté objet et sur le développement client-serveur, et ce, au Canada et aux États-Unis. Depuis plus de 15 ans, il se concentre sur la gestion d’équipes de développement et de gestion applicative et sur la mise en place de processus permettant la prise en charge de portefeuilles d’applications.

4 Commentaires

  1. […] Être Agiles quand le client s’en fout Il aime voir que chaque dollar le rapproche un peu plus du rêve qu’il chérit et dans lequel il a mis beaucoup d’énergie.http://savoiragile.com/2015/04/07/etre-agiles-quand-le-client-sen-fout/Que faire lorsque notre client se fout de l’agilité de notre équipe? Comment le convaincre d’être Agile?La relation avec un client qui n’adopte pas Agile peut s’avérer difficile. Comment devriez-vous lui présenter la méthode pour qu’il embarque et en retire le maximum?Est-ce que votre client se fout de l’agilité?Partager cet article […]

  2. elanglois@polygon.ca'
    Eric Langlois
    14/04/2015 at 11:50 — Répondre

    Bon article Martin, j’ai bien apprécié.

    Au plaisir !

  3. francois.bachmann@sprint-it.ch'
    François Bachmann
    05/05/2015 at 09:55 — Répondre

    Pensée latérale: en tant qu’agilistes convaincus, nous souffrons au fond du même mal que nos clients: nous mettons trop d’importance sur le « comment » au lieu de mettre en avant le « quoi » (et le « pourquoi »)…

    Qu’en pensez-vous?

  4. Martin Landreville
    12/05/2015 at 15:48 — Répondre

    Vous avez raison, pour moi la première vrai question est le « pourquoi », c’est qui a le plus d’intérêt à mon avis.

    Merci!

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