À titre de coach Agile, j’adore utiliser des métaphores afin d’aider les gens à comprendre ce que j’explique. Celle que j’utilise le plus souvent, c’est la comparaison d’une équipe de développement logiciel à une équipe de sport. Après tout, tout comme dans une équipe de hockey, il y a plusieurs joueurs ayant chacun des compétences et un rôle différents. Il y a aussi un coach, Agile de préférence. Et ils travaillent tous ensemble vers un but commun. Mais est-ce vraiment nécessaire?

Le travail d’équipe devrait aller de soi dans une équipe de sport : il faut travailler ensemble pour gagner. Même le plus grand joueur ne peut pas battre une autre équipe seul. On voit souvent des équipes perdre lorsqu’un de leurs meilleurs joueurs se met à agir de manière égoïste.

Cependant, l’analogie entre les deux types d’équipes est imparfaite. Premièrement, en développement logiciel, nous sommes peu souvent en compétition avec d’autres équipes. Pour gagner, il faut livrer de la valeur, et le fait de perdre ne veut pas dire qu’on a été battus pas une autre équipe. Ça pourrait tout simplement être parce qu’on a raté une fenêtre d’opportunité ou que notre logiciel ne s’intègre pas bien à d’autres systèmes ou, encore pire, qu’on a dépensé tout le budget sans livrer ce que le client avait vraiment demandé.

De plus, dans une équipe de sport, les joueurs doivent travailler en étroite collaboration et coordonner leurs mouvements, tandis que dans une équipe de développement logiciel, les membres ont rarement à travailler ensemble sur une même fonctionnalité. Bien sûr, on peut travailler en binôme (c.-à-d., que deux membres de l’équipe travaillent ensemble). Toutefois, on ne peut pas demander à trois personnes ou plus de s’asseoir ensemble pour coder la même fonctionnalité, car ce serait contreproductif.

Il me faut donc une nouvelle métaphore!

Tirer le fil…

J’y pense depuis un certain temps et, au cours de mon dernier voyage d’affaires à l’extérieur de la ville, j’ai finalement eu une idée. Après ma quatrième journée à donner un cours sur les pratiques Agiles, j’ai décidé d’aller magasiner. C’est alors que je suis tombé sur un petit magasin appelé Cricket Cove—Your Yarn Shoppe.

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Ça m’a tout de suite fait penser à ma fille de 7 ans. Nous avons raté l’occasion de l’inscrire à un cours de tricot à son école, car les places se sont envolées rapidement.

Je me suis rappelé que lorsque j’avais l’âge de ma fille, ma grand-mère m’a appris à tricoter parce que j’étais un enfant très curieux, mais ça s’est arrêté là. Plus tard, ça m’a attristé de savoir que ce métier artisanal était en train de disparaître parce que seule grand-mère savait le faire, et je croyais qu’il n’y aurait plus jamais de nouveaux apprentis.

Eh bien, il semble que le tricot est à nouveau à la mode. Je vois maintenant des jeunes sur le bord de la rue, dans le métro et même à l’aéroport en train de… tricoter!

Je suis donc entré dans le magasin afin d’acheter de petites broches à tricoter pour ma fille dans l’espoir d’éventuellement demander à ma grand-mère de lui enseigner comment faire, puisqu’elle n’avait pu suivre le cours à son école alors qu’elle voulait vraiment essayer le tricot.

Les deux dames dans le magasin ont été très accueillantes; elles voulaient savoir ce que je cherchais et pourquoi. Je leur ai raconté l’histoire concernant ma fille en ajoutant que j’étais en voyage d’affaires et que je venais de l’extérieur. Elles étaient bien contentes; elles m’ont même offert les aiguilles gratuitement! Nous avons jasé pendant un certain temps, puis elles m’ont invité à la rencontre de leur club de tricot qui avait lieu le lendemain matin. Je sais, c’est l’effet que je fais aux dames plus âgées…

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Je n’avais rien de prévu le lendemain, et mon vol de retour était prévu pour le surlendemain. Je me suis donc dit que je ne pouvais pas manquer cette occasion unique. Je suis allé chercher mon café du matin chez Tim Hortons situé juste à côté de Cricket Cove, puis je me suis joint au groupe pour une séance de tricot.

Je me suis retrouvé entouré par 8 ou 9 tricoteuses d’expérience. Elles étaient toutes très accueillantes et curieuses de connaître les raisons de ma présence et aussi de savoir d’où je venais puisque je n’étais évidemment pas un des habitués. Nos échanges ont été fort intéressants. De plus, ces dames ont eu la patience de m’apprendre à tricoter pendant plus de 3 heures!

Maintenant, imaginons un projet de tricot… disons pour une collecte de fonds. Supposons qu’on a à amasser 1000 $, avec un prix moyen de 10 $ par articles. Il faudrait donc tricoter et vendre au moins 100 articles. Il faudrait tricoter des pantoufles, mitaines, tuques et foulards. Certains articles sont plus difficiles à tricoter et peuvent prendre plus de temps à réaliser. Le groupe devrait s’auto-organiser et se répartir les tâches selon les habiletés et le rythme de chaque personne. Puis, au moins une fois par semaine, le groupe vérifierait son avancement et le travail serait adapté en conséquence. C’est la vision qui mène le projet. Peu importe ce qu’on tricote ou la quantité exacte de chaque article. Après la vente, on saurait quel article s’est le plus vendu. Ainsi, on pourrait s’adapter pour la prochaine collecte de fonds. C’est ça être Agile!

Travail ou esprit d’équipe?

C’est ainsi que j’ai trouvé ma nouvelle métaphore. Une bonne équipe Agile de développement de logiciels, c’est plus comme un club de tricot. Voici pourquoi :

  • Les membres adorent ce qu’ils font.
  • Il n’y a pas de concurrence entre eux.
  • On accueille les nouveaux membres à bras ouverts.
  • Il y a partage des connaissances; on ne les garde pas pour soi.
  • On suit son propre rythme avec peu ou pas de pression.
  • On se concentre sur un élément à la fois.
  • Il n’y a pas de directeur; chacun sait ce qu’il a à faire.
  • On utilise des modèles!

Je suis incapable de m’imaginer une tricoteuse qui déteste tricoter, tout comme un membre d’une équipe de développement devrait aimer son travail. C’est pourquoi personne ne peut dire précisément combien de temps ça prend pour tricoter une paire de pantoufles… ou développer une nouvelle fonctionnalité. De plus, peu importe le temps que ça a pris, ce qui est important, c’est que le client aime ses pantoufles… ou fonctionnalités!

Ainsi, je parle maintenant d’esprit d’équipe plutôt que de travail d’équipe. Le travail, c’est ce que les membres de l’équipe de développement accomplissent, mais l’esprit d’équipe, c’est comment ils le font ensemble. On n’a pas nécessairement besoin que les membres de l’équipe coordonnent rigoureusement leurs efforts pour réussir. Cependant, leur attitude à l’égard de l’autre est très importante.

Dites-moi, comment allez-vous démêler les fils de votre esprit d’équipe?

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Pierre Leblanc

Avec plus de 15 ans d'expérience en TI, Pierre a travaillé dans différents types d'entreprises : de la « startup » à la multinationale. Il est en mesure de s'adapter à toutes sortes d'environnements. Par ailleurs, il a été entrepreneur de 2003 à 2007; période durant laquelle il a développé ses habiletés de leadership, de développement des affaires et d’enseignement.

Il a commencé son aventure en gestion de projets Agiles en 2009 dans une équipe Scrum. En 2011, il est devenu Scrum Master pour une équipe distribuée. En 2014, Pierre a décidé de délaisser le côté technique pour se concentrer sur l'aspect humain des TI en devenant coach Agile.

Toujours en quête d'apprentissage, il est membre de l'organisme Toastmasters International, où il peut exercer ses talents d'orateur et continuer à développer ses qualités de leader en tant que responsable de district.

1 Commentaire

  1. dlapierre@reptiletech.com'
    Diane
    24/08/2016 at 10:37 — Répondre

    Très intéressant!

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